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Introduction
Le rugby en France, surtout depuis la Coupe du Monde qui s’y est déroulée en 2007, connaît des transformations importantes, mises en évidence par les médias. La recherche de la compétitivité à tous les niveaux impose des contraintes de plus en plus fortes aux joueurs : nombre d’entraînements, musculation, style de jeu, augmentation des compétitions. La prévention sanitaire a beaucoup progressé en
termes de formation des responsables, des structures, des règles de jeu, de l’arbitrage, du suivi médical… mais reste le problème du dopage !

La lutte anti-dopage et la FFR
(bilan 2008, AG juillet 2009)

Cette lutte est menée en harmonie avec l’Agence Française de Lutte conte le Dopage
(AFLD). Les contrôles sont ciblés et très souvent inopinés (matchs et entraînements). En 2008, il y a eu 549 contrôles (+ 32,3% par rapport à 2007), ce qui atteste de la très forte politique de surveillance en la matière. Les contrôles ont été faits à tous les niveaux de jeu (Top 14 : 165 ; Pro D2 : 143 ; fédérales et séries : 175 ; féminines : 8 ; Reichel : 11 ; espoirs : 6 ; pôles : 21 ; centres de formation : 4 ; matchs internationaux: 16)


Les dossiers instruits par la commission fédérale du dopage sont au nombre de 18 (23 en 2007). Les cas sanctionnés s’élèvent à 15 (14 cas sanctionnés en 2007) : 1 stanozolol (anabolisant), 1 méthandione (anabolisant), 1 finastéride (inhibiteur de la 5-alpha réductase = « produit masquant »), 1 prednisone (stimulant), 11 cannabis. Il n’y a donc pas d’augmentation de cas de dopage détectés dans le rugby en 2008.

Place du rugby dans les contrôles (AFLD, rapport d’activité 2008)

Le rugby a été le quatrième sport le plus contrôlé (8,4%) par l’AFLD en 2008, après le cyclisme (18,5%), l’athlétisme (12,6%), le football (9,1%). Sur tous les contrôles, le taux d’infractions présumées est de 3,05%, celui des cas déclarés positifs de 3,07%. Ces chiffres sont stables par rapport à l’année précédente. Pour le rugby le nombre d’infractions constatées rapportées au nombre de contrôles subis est de 2,7%, contre 3,09% en 2007.

Tous les cas positifs dans le rugby ont été découverts par des contrôles inopinés à l’entraînement ou en compétition. Ceux-ci ont augmenté et paraissent plus efficaces pour lutter contre le dopage. La baisse du nombre d’infractions paraît liée aux efforts d’information faite dans notre sport.

A propos des produits détectés

En 2008, on constate des variations de tendances à l’usage de produits considérés comme dopants. Les glucocorticoïdes (33%) sont passés devant les cannabinoïdes (30,7%). Les bêta-2-agonistes sont en nette diminution (6,4% contre 10,2% en 2007), mais la limite de positivité pour le salbutamol a été relevée, de 100 à 500 ng/ml, sur instruction de l’AMA … Les anabolisants sont en hausse (11,5%), contrairement aux agents masquants (6,4%) et aux stimulants (5%). Les hormones peptidiques augmentent (5,9%) avec la détection de l’EPO Cera dans le sang. Les autres catégories sont en diminution.


• Les glucocorticoïdes
Classés dans les substances interdites en compétition (classe S9) :
- elles sont interdites en administration par voie orale, rectale, intraveineuse ou intramusculaire; leur utilisation requiert une autorisation à des fins thérapeutiques (AUT Standard) ;

bilan 2008 Suite condition d’une autorisation d’usage thérapeutique (AUT Abrégée en 2008) sous forme d’injection intra articulaire, péri tendineuse, péridurale, intradermique, et d’inhalation;

- elles restent autorisées librement sous forme de topique et gouttes pour les affections dermatologiques, auriculaires, ophtalmologiques, buccales, gingivales, péri anales et traumatologiques (incluant iono et photophorèse).
Ces molécules sont très actives, largement utilisées par les médecins et connues des sportifs pour leurs pouvoirs antalgiques, anti-inflammatoires et stimulants … Il faut rappeler les effets indésirables, voire nocifs même à des doses considérées comme faibles, et par voies auto risées : accoutumance, insuffisance surrénalienne prolongée, lésions digestives, HTA, diabète, fragilisation de l’appareil locomoteur…

Certes, un sportif présentant une affection grave, nécessitant un traitement peros de corticoïdes peut continuer sa pratique mais il faudra un dossier médical très argumenté. Mais Peut-on faire plusieurs infiltrations dans la même saison sans risque ?

Les médecins savent-ils que les corticoïdes sont détectables selon la durée de demivie de la molécule et que le sportif peut être positif ?

Est-il normal de prescrire un corticoïde en inhalation au long cours, sans une exploration fonctionnelle respiratoire ou des tests allergolo giques ?

• Les cannabinoïdes
Ces substances psycho-actives sont de la classe S8 interdite en
compétition. Leur usage très courant est en diminution, mais serait remplacé par celui de la cocaïne et d’autres produits… dans la population générale mais aussi celle des sportifs. Le cannabis est utilisé surtout contre le stress et à titre récréatif. Les effets négatifs sont importants avec : la levée des inhibitions qui peut faire prendre des risques inconsidérés et fausser la perception du danger, le rétrécissement du champ visuel, mais aussi dans un usage habituel : l’addiction, les troubles de la personnalité et la toxicité broncho-pulmonaire ! Le stress sportif ou le plaisir ne peuvent pas servir la permissivité !


• Les anabolisants
En augmentation dans les contrôles, ils sont facilement disponibles sur internet et retrouvés dans des compléments alimentaires (10 à 15%), des préparations phytothérapiques et homéopathiques… Cette classe de produits, S1, est interdite en permanence. De très rares cas d’usage thérapeutique sont admis sur dossier médical très solide. Une procédure compliquée est mise en oeuvre s’il y a une suspicion de possible dopage. Le suivi biologique obligatoire, mis en place par la Ligue Nationale de Rugby, en a certainement limité l’usage.
Les effets secondaires sont bien connus, mais il faut souligner leur toxicité cardiaque responsable de lésions myocardiques dont des zones de nécrose et de fibrose irréversibles, fortement suspectées d’être responsables de certaines morts subites.


• Les bêta-2-agonistes
Sont dans la classe S3 des substances interdites en permanence, appartenant à la famille des stimulants. Seuls le formotérol, le salmétérol, le salbutamol et la terbutaline sont utilisables en inhalation avec une AUT (abrégée en 2008, standard en 2009) délivrée par l’AFLD au vu du dossier médical demandé, pour le traitement ou la prévention d’un asthme ou d’une hyperréactivité bronchique. La demande d’AUT annuelle doit être accompagnée du questionnaire et des résultats de l’exploration fonctionnelle respiratoire prouvant la nécessité du traitement ! Le dosage urinaire permet de détecter un abus d’usage non confor me à la prescription. Les autres stimulants sont dans la classe S6 « substances interdites en compétition », certains sont interdits comme les amphétamines …, d’autres sont sous surveillance ou en quantité limitée comme : le bupropion, la caféine, la pseudoéphédrine…,enfin certaines substances sont dites « spécifiques» ou présentes dans des médicaments sans être susceptibles d’être utilisés avec succès comme agents dopants !


Les autres produits et procédés
Sont détaillés dans le décret annuel de la loi sur le dopage. Ils sont susceptibles d’être modifiés en fonction des études et des instructions de l’AMA. La préoccupation actuelle est la détection des produits hormonaux et sanguins. Celle de l’avenir sera le dopage génétique


Les changements pour 2010
Lors de sa réunion du 19 septembre 2009, le comité exécutif de l’AMA a approuvé la liste 2010 des substances et méthodes interdites. Elle rentrera en vigueur le 1er janvier 2010. Voici quelques informations en rapport avec les préoccupations actuelles :

Le salbutamol :
est toujours autorisé à une concentration urinaire inférieure à 1000 ng/ml ; son utilisation par inhalation fera l’objet d’une simple déclaration d’usage (téléchargeable sur le site de l’AFLD). Les autres bêta-2-agonistes ne changeant pas de statut : formotérol, salmétérol et terbutaline nécessitant une AUT standard.


Les corticoïdes par inhalation et par voie locale (intra-articulaire,
abarticulaire, paratendineuse) ne nécessite qu’une déclaration d’usage depuis 2009, sans changement en 2010.


• La pseudoéphédrine sera réintroduite dans la liste des stimulants. Le seuil de positivité sera à 150 mg/ml d’urines.


• Les préparations dérivées des plaquettes (par exemple : «platelet-rich plasma », « blood spinning ») seront interdites en injections intramusculaires.


Les autres voies d’administration nécessiteront une déclaration d’usage.

• Mais aussi …la supplémentation en oxygène (hyperoxie) ne sera plus interdite.

Conclusions
En 2008, le rugby a fait l’objet d’une surveillance accrue, probablement en raison de sa transformation faisant suspecter des pratiques dopantes. Les résultats sont plutôt rassurants mais il convient de ne pas relâcher les efforts de prévention, les menaces étant toujours très fortes. La réglementation sur le dopage est compliquée et change annuellement, la mise à jour des connaissances est possible pour tous sur le site de l’AFLD : www.afld.fr.